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« LES RONCES DE L’AMOUR » : A LA RECHERCHE DE L’ESTHÉTIQUE ARTISTIQUE ET DE LA CONSCIENCE MORALE.

« LES RONCES DE L’AMOUR » : A LA RECHERCHE DE L’ESTHETIQUE ARTISTIQUE ET DE LA CONSCIENCE MORALE.

 Une nouvelle de Steve Bodjona, Editions Continents, Togo, 2014.     

 

            Les différentes sources qui nourrissent les débats de morale et d’esthétique autour des œuvres littératures ne tariront jamais. Car autant les auteurs ont des ambitions d’écriture et des projets littéraires, autant ils seront en phase ou en divergence avec le public lecteur. Le public-littéraire est une société. Cette société a des valeurs et recherche des valeurs dans les publications. Alors le public-lecteur critique, non pour détruire une œuvre mais pour apporter sa cuillérée de sucre à la tasse de café et sortir ainsi son goût original appréciable par tous.

            L’un des auteurs togolais autour duquel le public littéraire d’ici et d’ailleurs cerne la ceinture de la curiosité et de la découverte ces derniers temps, au vu de  l’abondance et de la diversité de ses publications, à la recherche non seulement du beau mais aussi et surtout  des valeurs dans ses écrits, est Steve Bodjona. De son identité à l’état civil et de son nom d’auteur. C’est à travers ici « Les ronces de l’amour ».

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Le titre          

            Mira. Tel est le titre que le lecteur proposerait en lieu et place de « Les ronces de l’amour », une nouvelle de Steve Bodjona, publiée aux Editions Continents en 2013. Ainsi, le titre serait énigmatique. Le lecteur, à la rencontre de celui-ci, serait dans un grand inconnu et se poserait mille et une questions avant de commencer la lecture. L’effet du livre serait immédiat. Le lecteur serait pressé de lire le livre pour savoir ce qu’est Mira. Mira est-elle un personnage ? Un lieu romanesque créé par l’imaginaire de l’auteur ? Sont-ce les ronces qui piquent et font saigner l’amour ? Est-ce un objet de valeur sujet de convoitise ? Etc.

          Mais « Les ronces de l’amour » est le titre que l’auteur et l’éditeur ont choisi, offrant sur un plateau d’or au lecteur le sujet démystifié. Et il suffit de partir du mot-clé du titre, ronces, pour s’apercevoir que le piège est peut-être levé sans pour autant éplucher les épines originelles de la rose.

            Les ronces sont un arbuste vivace de la famille des rosacées, aux tiges très épineuses, aux baies noires ou violacées. C’est une plante sauvage dans la majorité des cas. Elles sont aussi une partie du bois présentant des veinures irrégulières et des nœuds. Il est très dangereux de se faire égratigner par les ronces. Tout comme dans la nouvelle.

            On peut donc voir logiquement qu’à partir du titre proposé à l’œuvre, le lecteur sait à l’avance qu’il s’agira dans la nouvelle d’une histoire d’amour irrégulière, ou d’un amour qui se fera égratigner par des sentiments contraires : la haine, la déception, la trahison, la jalousie, etc. Les relations amoureuses entre deux ou plusieurs  personnes seront en dents de scie créant des conflits sentimentaux. On imagine aussi une sorte de boîte de pandore avec le mot nœud qu’on peut trouver dans la définition de ronce pour s’entendre dès le départ que l’auteur créerait dans l’histoire  une ou des situations pas du tout faciles à cerner par le lecteur. Il s’agira sans doute dans le livre de nombreux soubresauts amoureux prêts à augmenter passionnément le rythme cardiaque des lecteurs.

            Alors comment peut-on conclure sur une œuvre sans l’avoir décortiquée de fond en comble ? Comment, de même,  peut-on connaître les saveurs esthétiques et morales d’une histoire d’amour romanesque sans avoir goûté à l’aiguisement de l’inspiration proposée par un auteur dans un livre ? Et comment peut-on ne pas partir avec l’auteur à l’aventure ou à la mésaventure de l’amour entouré de toutes les parts par les ronces au moment où il ne cherche qu’à s’épanouir dans un cœur sans se faire égratigner ?

            Plumons donc « Les ronces de l’amour »  de l’esthétique à la conscience morale.

Le contenu du livre et la première de couverture

            Vous trouverez pour ce livre de 86 pages, une histoire de 72 pages qui s’articule bien dans deux chapitres : Douce vengeance et L’erreur fatale.

           Les ronces de l’amour est une histoire écrite à la première personne du singulier, « je ». Mais ce « je » n’est pas haïssable. Il remplace Jonas, le personnage narrateur.

            Tous les êtres humains avancent masqués.  Ils se cachent tous derrière l’artifice de leur personnalité mais les auteurs ont moins de chance de vivre cachés pendant longtemps. Les œuvres révèlent le « moi profond de l’artiste ».L’auteur, Steve Bodjona, est profondément influencé par son éloignement du pays et de l’Afrique. Son propre livre l’a trahi. Il vit Japon où il travaille. C’est pourquoi il a créé des scènes et des situations qui sont en relation avec l’Asie, les USA, l’Europe : Angleterre, Londres, Singapour, orchard Road, Malabo sont le pays, les villes et la rue présents dans le réel et l’imaginaire de l’auteur.

            Les prénoms des personnages ont la même allure : Jonas, Miguel, Fabrice Morito, Ervin, Mira, Rasilda, Jeannine, etc. Et certaines situations comme les détectives privées font croire que Steve B. aimait ou aime lire Harlequin et les romans policiers comme SAS. Ou encore il aime regarder les films policiers sur fond des enquêtes et des coups bas teintés des histoires d’amour en cascade.

            Mira, belle et élégante, est une femme extraordinairement onéreuse. Elle est coquette à l’extravagance sans parler de son infidélité professionnelle. Elle prétextait des voyages commerciaux et rencontrait ses amants à Singapour. Jonas finit par le savoir. Sa seule ambition est d’amasser toutes les richesses du monde. Mais Mira n’aime pas travailler et gagner ses trésors aux goûtes chaudes de sa sueur. Elle a son plan mignon qu’elle a cuisiné comme les mets succulents qu’elle sait si bien composer et qui retiennent Jonas comme un philtre d’amour. Ce qui a failli lui coûter la vie car Mira avait empoisonné les plats qu’elle lui avait préparés pour l’envoyer rapidement chez ses grands-parents afin qu’elle se maria de nouveau. Mira aime donc d’un amour empoisonné ses amants dont Jonas. Elle sait jouer la comédie amoureuse, pas avec n’importe qui mais avec des richissimes. Elle aiguise les épines de ses ronces durant tout le temps de leur cohabitation sentimentale. Elle guette ses amoureux, pose son appât aux bons moments, les attire avec ses yeux de sirène et enfonce le venin mortel de sa plante sauvage dans leur cœur. Le cœur de ceux-ci ne bat plus au rythme de l’amour mais plutôt au silence de la mort. Puis elle s’empare de leur richesse.

            Au début, Jonas doutait du caractère pervers de Mira. Voici ce qu’il en écrit à la page 26 : « Je voulais en avoir le cœur net, et surtout prouver une fois pour toute à Jeannine que ma Mira n’était pas une meurtrière » ; puis : « Ce jour-là, je lus une certaine déception dans son regard lorsqu’en entrant dans le salon, elle me retrouva plus fort et plus vivant que jamais, ….. ». Mira est vraiment comme Jonas la prenait dès le début. Elle a un cœur de ronce tandis que Jonas en a un d’amour. Les deux ne peuvent pas s’embrasser et fusionner d’harmonie. Les ronces ne peuvent que faire saigner un cœur doux, tendre, assoiffé de plaisir comme celui de Jonas. Mais la beauté de Mira est un brouillard qui handicape la vue de Jonas sur la réalité. Il la décrit dans l’un de ses plus beaux jours : « Elle était toute belle. Comme toujours d’ailleurs. Elle portait une robe moulante qui dessinait si merveilleusement son corps. Je ne pus m’empêcher de fixer mon regard sur sa hanche voluptueuse. C’était la partie de son corps qui m’attirait le plus. Très souvent, lorsque nous marchions les soirs pour nous dégourdir les jambes, je me mettais en retrait, juste pour admirer son déhanchement qui me faisait penser aux pas de danse de la talentueuse Shakira ». La beauté de la femme a toujours été la marque de tyrannie pour l’homme. Steve Bodjona ne le savait peut-être pas. Mais il a confirmé par là un enseignement moral à ceux pour qui la beauté de la femme est la première proie sur laquelle il faut sauter pour lui poser la bague au doigt, une bague que Jonas à commander à Londres.

            Mira est un personnage bien créé par l’auteur à tout brûler sur son passage, aussi bien avec sa beauté physique qu’avec son caractère à double très tranchant à couper en morceaux irrécupérables le cœur en rose de ses nombreux amants. Sa mère en eut cinq, je dis bien cinq amants, et à chaque fois elle devait divorcer pour profiter des droits sur la communauté des biens du mariage. Mira est plus que la photocopie conforme de sa mère. Elle est très aiguë ! Malheureusement, elle a fait un enfant à Jonas, Miguel, que les deux aimaient bien. Mais Jonas arriva à divorcer d’avec Mira. Il parvint aussi à l’humilier lors des cérémonies d’un mariage grandiose que cette femme des enfers obtint d’un richissime homme d’affaire. Et Jonas en payera le plus lourd tribut. On ne défie pas une diablesse. Mira est en réalité le plus fort et le principal personnage de la nouvelle même si l’allure de l’histoire fait de Jonas le principal personnage et narrateur. L’auteur l’aura voulu ainsi.

            C’est ainsi que cette fille sur la première de couverture devrait être Mira dans la situation que l’inspiration de l’auteur lui a voulue dans le récit. Elle devrait être l’héroïne, symbolisant à la fois l’amour et les ronces, maintenant que l’histoire nous éclaire et nous situe. Mais cette fille en train de lire, tenant un livre des deux mains, avec un regard dirigé et perçant mais non concentré, d’une beauté soutenue par deux traits de crayon de maquillage sourcilier en forme de dos d’âne, est une invite à la lecture. L’éditeur pourrait mieux suivre l’inspiration de l’auteur en conjuguant le contenu et le contenant.       

De l’esthétique et de la valeur du livre dans la société

            Nous sommes avec Roland Barthes pour qui en littérature « la place majeure revient au lecteur qui réécrit le texte pour lui-même ». Et en réécrivant le texte, en cadrant l’histoire, il lui cherche une place dans la société vis-à-vis de la morale et des valeurs. Les lecteurs peuvent donc se demander à quel courant littéraire appartient Steve Bodjona par rapport aux ronces de l’amour : serait-il un auteur artiste ou un auteur moraliste ?

            Les deux valeurs cohabitent sous la plume de l’auteur. « Les ronces de l’amour » sont pleines de beauté. La beauté de l’écriture, la beauté des cadres, la beauté physique, la beauté de l’amour et la beauté de la femme qui peuvent transformer le moi solide d’un homme en moi déboussolé dont celui de Jonas. Et si Jonas, tout comme les autres amants de Mira, en avait souffert dans l’histoire au point de perdre sa vie, Mira aussi a souffert de sa propre beauté de femme. Elle est instable en amour. Autant sa beauté attire les hommes, autant elle est courtisée et autant elle a d’amants. C’est cette beauté qui lui donne une certaine assurance grâce à laquelle elle défie tout sur son passage en amour, en argent, en tromperie et en tentative de meurtres. Le meurtre, elle en a commis !         

         La première valeur sociale qu’on peut tirer des ronces de l’amour est la solidarité organique familiale comme la caractéristique la plus forte des tissus familiaux africains. Steve Bodjona a cherché à ressouder la percale détériorée de la famille en Afrique à l’ère de la mondialisation poussée où les cultures occidentales effacent progressivement les racines africaines. En réalité, dans le berceau de l’humanité, la famille ne se réduit pas aux parents géniteurs et à deux ou quatre enfants mais bien à tout l’arbre généalogique même si de nos jours la famille nucléaire est gênante. Et c’est dans le vacarme relationnel de Jonas avec sa femme Mira que Steve Bodjona a démontré que les branches d’un arbre se dépendent et se complètent dans les circonstances aussi bien heureuses que malheureuses. Jeannine, la sœur de Jonas, a fait siens les problèmes conjugaux de son frère tout comme sa mère. Toutes les deux ne peuvent pas dormir et s’affairer à leurs propres besognes. Elles passent tout leur temps dans le foyer de Jonas afin de l’aider à se relever et à se libérer des ronces vénéneuses de l’amour de Mira. La valeur familiale est donc mise en exergue dans cette nouvelle peinte par Steve Bodjona. Malheureusement, s’il vous plaît, Jonas mourut de cet amour de ronces pour Mira, laissant perplexe sa sœur, endeuillant sa mère, et créant un vide paternel autour de son garçon de 9 ans. Et son ex-femme Rasilda devrait en être libérée !

            Rasilda est cette fille qui a souffert pour Jonas quand ce dernier n’avait encore rien. C’est elle qui l’a aidé à obtenir une bourse d’études mais Jonas la remercia, non d’une ingratitude consciemment orchestrée mais d’un amour de feu de paille pour une Mira dangereuse. Ecoutons ce qu’il écrit d’elle : « Même la bourse qui me permit de partir en Europe pour mon perfectionnement en expertise comptable, je la lui dois. Et c’est à cette femme que j’ai fait vivre le martyre de se voir répudier pour une autre ». Rasilda fut répudiée pour Mira. Le titre est encore bien assis ici : les ronces ont fait place à l’amour. Effectivement, Jonas abandonna Rasilda pour Mira et paya cette erreur fatale de sa vie. Ah, les hommes ! Quand est-ce qu’ils comprendront qu’une belle femme ne doit plaire qu’aux yeux tandis qu’une bonne femme doit plaire au cœur et qu’entre les deux, l’une est un plaisir au moment où l’autre est un trésor. Seule la lecture de « Les ronces de l’amour » permettront aux lecteurs curieux de coudre leurs valeurs sociales et de tirer les plus grandes morales.

        L’auteur semble appeler les hommes à la vigilance. Un vrai homme doit avoir les nerfs solides et résister aux intempéries amoureuses d’une femme presque perverse dont les seins sont les papayes de la diablesse et les ongles aussi forts que les griffes d’une tigresse de la forêt vierge d’Amazonie. Les femmes doivent pouvoir choisir entre être belle et être bonne. L’expérience de la lecture de Steve Bodjona dans « Les ronces de l’amour » en vaut la peine.

Conclusion : de la subjectivité du critique à l’objectivité

            Si le lecteur réécrit à sa manière le livre qu’il a lu, il en est de même pour le critique qui peut aller jusqu’à faire découvrir à l’auteur ses intentions avérées ou cachées. Que ces intentions répondent à des hypothèses scientifiquement préétablies ou non, le critique a un regard personnel donc subjectif sur l’ambition d’écriture et le projet littéraire de l’auteur. C’est le critique qui précise la personnalité de l’auteur. Mais dans tous les cas, l’objectivité finit par primer et contribuer à l’enracinement de l’œuvre dans le public et sur l’échiquier littéraire. L’auteur et l’éditeur pourront trouver leur dû. Le lecteur, amoureux du livre, est invité à la lecture de cette nouvelle. Une demi-journée à la plage de Lomé, avec les effets rafraîchissants des vapeurs d’eau de la mer, suffira !

                Bonne lecture à tous et vivement « Les ronces de l’amour »!

 

Maurille KOUDOSSOU Fioklu

Décembre 2014

24 décembre, 2014 à 6 h 45 min


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