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A la lecture « D’un cœur d’enfant ».

A la lecture « D’un cœur d’enfant ».

Recueil de poèmes de l’auteur togolais Steve Bodjona.

Editions Edilivre, 2014.

Morceaux choisis

PhotoD'unCoeurD'EnfantStevBodjona

D’un cœur d’enfant est le titre éponyme de 30 poèmes qui sont les cris de détresse, de désolation et de supplication d’un poète qui se substitue à l’enfant dans diverses situations difficiles comme la guerre, l’excision, l’enfant dans la rue, l’enfant orphelin, etc. L’auteur arrive ainsi consciemment ou inconsciemment à poser les concepts des droits et besoins fondamentaux des enfants, des violences qui font de la vie une jungle et de la croyance comme source de purification et de renouvellement des consciences humaines.

D’entrée, Steve Bodjona appelle à un monde sans les diverses formes de comportements de l’état de nature où il pose le « Questionnement » des violences qui minent le monde. En témoignent les vers suivants : Sur la terre / Pourquoi tant de guerres / Pourquoi entretenir la haine / Qui nous fait tant de peine

Comme la souffrance enseigne à prier, Steve Bodjona invoque le Seigneur son Dieu dans « J’ai prié le Père » pour faire régner la paix sur la terre. Et comme un enfant en émoi, il appelle au secours, il crie : Seigneur Dieu / Le très haut, toi dans les cieux / Jette ton regard sur moi / Ecoute mon cœur en émoi / Regarde sur la terre la souffrance

Mais il trouve le français insuffisant pour amener Dieu à exaucer ses prières. Il fait donc appel à sa langue d’origine du nord Togo, le kabyè, pour mieux se faire entendre par le Seigneur à la page 26 : Tchaa-Esso, K’bolou ! A qui il demande une protection divine bien méritée contre « L’excision ».

Dans « Que de conflits », à la page 10, les vers sont les propos d’un enfant qui en a marre des guerres en Libye, en Syrie et au Mali : … Guerre en Libye / Conflit en Syrie / Batailles au Mali / Attentat à la bombe / Ambulance en trombe / Violences en escalades / Des morts en cascades… sont les énumérations versifiées de Steve Bodjona pour crier son ras le bol.

S. Bodjona est influencé par Boris Vian, le poète révolté. C’est ainsi qu’on retrouve « Le révolté » à la page 8 où il dit sans réserve dans le dernier vers que Du dedans, mon cœur d’enfant boue et grogne. C’est le même ton qu’on retrouve dans « Je dis non » à la page 29. Là, en tant qu’enfant né d’une femme, il oppose son refus catégorique aux violences faites aux femmes par certains hommes sans vergogne. Il promeut l’émancipation de la femme : Je refuse, je dis non / Je refuse car je ne voudrais être cet homme / Cet homme qui rabaisse la femme

Steve B. est non seulement l’enfant de sa mère mais aussi le fruit de sa femme. A sa mère dans « Maman je t’aime » : Aujourd’hui / En souvenir de tes blanches nuits / Dues à mes pleurs de minuit / Aussi désagréables que l’ennui / Comme pour payer ma dîme / Je chante ces rimes / Pleines d’émotion / Avec passion / Pour te dire je t’aime. Il reconnaît qu’il fut un enfant têtu dans les tout premiers mois, transformant en enfer la vie de sa mère. Et c’est à Kodel qu’il s’adresse enfin à travers « Elle » pour remercier toutes les femmes vertueuses qui font la maison sans jamais la défaire !

Le style

L’auteur écrit dans un style simple, facile d’accès et presque sans ponctuation. Seule la virgule lui permet de calmer sa colère, imposant au lecteur un débit sans pause. C’est l’expression du ras le bol. Il s’exprime dans des tours affirmatifs et interrogatifs, à travers des rimes croisés. On retrouve également dans ces poèmes des rimes riches, pauvres et suffisantes. Etc.

Le bémol

La première de couverture est la faiblesse que je trouve à ce livre. Cette appréciation peut être subjective. L’auteur aura choisi sous l’inspiration et pourra apporter toutes les explications possibles qui convaincraient. Mais l’image m’a semblé un petit péché. A la couverture deux photos d’enfants. L’une claire et nette, l’autre plutôt floue. La première illustre parfaitement la protection, la joie et le plein épanouissement que Steve Bodjona voudrait pour les enfants, quoique l’enfant ne soit pas souriant. La deuxième est à mes yeux l’incertitude, la violence et les différentes violations dont sont victimes les enfants. Le problème que je pose est sensible mais il est difficile de comprendre pourquoi les deux enfants sont d’origine occidentale alors que l’auteur est lui-même d’origine africaine. Un enfant est un enfant et ce n’est pas l’origine qui fait cette caractéristique mais cette réaction doit sonner comme une interpellation à son endroit pour éclairer le lecteur. J’espère ne pas tomber dans le cercle vicieux de la ségrégation sauf si on ne me comprend pas. Steve B. doit dire son mot.

Auteur artiste ou auteur engagé ?

Par le passé, d’aucun ont taxé Steve Bodjona d’être « un auteur inutile » car ses écrits ne contribueraient en rien à l’édification de la société. Ce jugement qu’on fait à l’art et à la culture en général est un vieux et interminable problème qui traverse les siècles. Mais il ne serait pas indispensable de rappeler ici les différentes fonctions que l’on retrouve à l’art ou à la poésie. Le poète artiste a son rôle dans la société tout comme le poète engagé. Et si écrire revêt un grand caractère de liberté, le problème est en réalité résolu en lui-même. Mieux, le contenu du présent recueil dit long sur l’engagement social de l’auteur. Être engagé ne signifierait pas seulement être en rang de bataille contre un système politique. « D’un cœur d’enfant » est un véritable acte d’engagement contre les faits sociaux qui minent la vie des enfants et donc de la société.

                                                                                                      Maurille-Vierge KOUDOSSOU /                                                                                                       Janvier 2015

28 janvier, 2015 à 9 h 35 min


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